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Bénédicte Blondeau, série Ondes, 2023.

mondes impossibles

En 2024, nous vous invitons à vous joindre à nous pour explorer des mondes impossibles, des aveux de défaite tout autant que des promesses pour l’avenir.

In 2024, we invite you to join us as we explore IMPOSSIBLE WORLDS, admissions of defeat as well as promises for the future.

 


Pour sa 6e édition, la BPM interroge les perspectives de notre planète à l'ère de l'Anthropocène et étudie les différentes questions qu'elles soulèvent. Quel est l'impact de l'activité humaine sur l'environnement et le climat ? Avons-nous atteint un point de non-retour ou pouvons-nous envisager des alternatives viables pour l'avenir ? Quelle est notre relation avec la nature, ses éléments et le cosmos ? Quel est le rôle de l'humain en tant qu'espèce sur cette planète ? 


Les photographes invité·es partagent leur conception de l'ère post-industrielle et des défis auxquels nous devrons faire face, de même qu’ils et elles sondent l'essence des mondes naturels à préserver ou à réinventer. Les expositions présentent différentes visions d'un monde devenu inhabitable pour certaines espèces vivantes, tout en explorant des espaces possibles et rêvés pour l'avenir.

For its 6th edition, the BPM takes a look at the prospects for our planet in the Anthropocene era, and examines the various questions they raise. What is the impact of human activity on the environment and climate? Have we reached a point of no return, or can we envisage viable alternatives for the future? What is our relationship with nature, its elements and the cosmos? What is the role of humans as a species on this planet?


Guest photographers share their vision of the post-industrial era and the challenges we face, as well as probing the essence of natural worlds to be preserved or reinvented. The exhibitions present different visions of a world that has become uninhabitable for certain living species, while exploring possible and dreamed spaces for the future.

 

Vanessa Cowling, détail de Untitled (Garden), 2022.


PRÉSENTATION DE LA 6E ÉDITION DE LA BPM
Par la directrice artistique Anne Immelé


Dans un contexte mondial dominé par des risques de catastrophes écologiques, les mondes futurs s’annoncent difficilement habitables. Alors que certaines dystopies semblent devenir des sujets désormais débattus, connecter les cycles de l’humain et les cycles du vivant devient plus que nécessaire. La connexion de la vie humaine avec celle des plantes et du monde vivant est primordiale pour transformer les mondes devenus impossibles à vivre pour certaines espèces, en mondes possibles. Cette édition invite à porter plus d’attention d’attention à la diversité des formes de vie, mais aussi à entrer dans des mondes sensibles et parfois imaginaires.

La programmation s’ancre dans notre période post-industrielle, à Mulhouse, l’une des villes « berceau de l’imagerie industrielle ». L’exposition de Paul Wolff (né à Mulhouse en 1887) nous rappelle les croyances dans un monde meilleur grâce aux progrès de l’industrie. Accompagnant l’invention du Leica, dans une esthétique proche de la « nouvelle vision », Paul Wolff a réalisé de nombreux « reportages industriels » dédiés à des secteurs (sidérurgie, automobile, textile…) ou des régions de production. Le fonds Paul Wolff conservé dans les réserves de la Bibliothèque municipale fait écho au patrimoine industriel de Mulhouse (autour du textile, de la chimie, de la fonderie et des constructions mécaniques, mais aussi de l’impression
graphique). Des années 1920 à 2024, la beauté des formes et architectures industrielles et urbaines, tant exaltées par les avant-gardes, a laissé la place aux préoccupations liées à l’ère de l’anthropocène et à des paysages de « l’après ». Ainsi, le très récent travail de Raymond Meeks (Erasure, After Nature) et le travail en duo qu’il a fait avec Awoiska van der Molen, montrent les ruines du capitalisme. Les rebuts jonchent comme des stigmates le désert californien telles des conséquences d’une guerre au long cours. Le photographe lituanien Andrej Polukord utilise la performance et la photographie pour dénoncer les phénomènes de déforestation massive. Le collectif Ritual Inhabitual a élaboré un récit de la révolte en se
concentrant sur un rituel que le peuple Purhépecha (Mexique) entretient avec les abeilles sauvages des forêts qu’il protège.

Les conséquences des pratiques d’extractivisme, sont aussi l’un des thèmes de l’exposition PEP (Photographic Exploration Project). Inspiré par la Dark écologie, Felix Lampe montre les paysages formés à la suite des exploitations minières en Allemagne. Dans Swiss Gold Entropy, Lisa Mazenauer a puisé dans les archives de son grand-père, exploitant de mine d’or au Zaïre, alors que Valentin Joseph Valette s’est concentré sur le développement économique du Sultanat d’Oman.

Si l’opposition nature/culture est aujourd’hui questionnée, la sensibilité aux liens souterrains unissant l’humain aux mondes vivants est la trame poétique et méditative de those eyes - these eyes - they fade (Nigel Baldacchino, Bénédicte Blondeau, Bernard Plossu, Raymond Meeks, Awoiska van der Molen). Cette exposition-expérience est un projet collectif en évolution. Dans la continuité de sa première version (Malte, 2022), l’exposition au Musée des Beaux-Arts permet d’investir les passages entre le monde vivant et les constructions humaines. La nature prisonnière de Bernard Plossu témoigne de la mise en scène artificielle de la nature dans des espaces pleinement bétonnés. « Dans les grandes villes, loin des havres de paix de la nature, ça sautait aux yeux que l’homme essayait de faire croire que tout allait bien dans le meilleur des décors possibles ! » écrit Plossu pour introduire son témoignage « écolo-visuel ». Dans sa série Pinetu, Nigel Baldacchino photographie les formes uniques d’arbres urbains devenus des métaphores des divers parcours de vie et aléas des usager·es de ce parc urbain maltais. Avec Ondes, Bénédicte Blondeau a réalisé des photographies en Islande pour évoquer les flux d’énergie qui façonnent nos existences tout en débordant nos capacités de perception. La relation au monde vivant est aussi un espace sensible pour Awoiska van der Molen.

Le vecteur émotionnel tissé entre la ou le photographe et son environnement, est l’une des approches des expositions de Terri Weifenbach et Vanessa Cowling (Thann), de Léa Habourdin (Chapelle Saint- Jean Mulhouse) et d’Ingrid Weyland (Hombourg). Ces photographes nous rappellent la fragilité et la vulnérabilité des écosystèmes du vivant, en écho à celle des humains. Dans l’exposition Clouds Physics, Terri Weifenbach retranscrit l’air, l’impalpable de l’atmosphère, l’infime qui se glisse dans un instant de vie.

Alors que, depuis son invention, la photographie fait elle-même partie d’une industrie ayant des impacts environnementaux, les recherches sur les techniques alternatives d’impression sont en pleine expansion.
Dans Fixing the Shadows, série dédiée au monde végétal, Vanessa Cowling utilise des procédés photographiques sans appareil et peu nocifs pour l’environnement, cherchant une symbiose entre les plantes utilisées et le procédé qui en garde la trace. Léa Habourdin réalise des tirages aux pigments végétaux. Pour son installation, la photographe s’inspire des découvertes d’un chanoine-botaniste du XVIIIe siècle pour réfléchir au devenir des dunes et des forêts de Nida (Lituanie).

Les circuits du commerce mondialisé sont abordés dans l’exposition de Laurence Kubski (proposée par les Journées Photographiques de Bienne) et dans l’exposition Surface troublée au Delphi Space de Freiburg. Dans sa série Big Fish, Laurence Kubski remonte la chaîne du commerce des poissons d’aquarium, de leur capture dans l’océan jusqu’au bocal. L’exposition Surface troublée met en dialogue les photographies de Gabriel Goller et Karin Jobst reliant deux positions photographiques qui abordent de manière différente le motif de l‘eau et sa dimension poétique et politique.

Les perspectives en matière d’espace de la ville constituent également une facette de cette édition. En prenant l’exemple de Hong-Kong dans sa série High Garden, Tom Spach documente un urbanisme rare mêlant forte densité de population et proximité immédiate de la nature. Le bâti urbain ultra-technologique y cohabite avec la biodiversité dans un format de ville nouvelle.

Enfin, deux expositions dans l’espace public mulhousien déploient des approches documentaires ou des imaginaires liés aux visions du futur : celle des 10 ans du festival et celle des écoles supérieures d’Art du
Grand Est.

Les journées inaugurales des 13, 14 et 15 septembre seront l’occasion de découvrir ces visions, souvent critiques et résolument tournées vers l’avenir, en présence des photographes et des commissaires. En tant que vaisseau incontournable de ces voix, le livre photo sera le sujet d’un temps fort lors de ce week-end d’ouverture.


Venez explorer ces Mondes Impossibles avec nous.