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Bibliothèque Grand’Rue, Mulhouse
5 juin - 4 juillet
du mardi au vendredi de 10h à 12h et de 13h30 à 18h30, le samedi de 10h à 17h30
Vernissage le samedi 6 juin à 17h
Commissaires d’exposition : Bénédicte Blondeau, Anne Immelé
Pour leur deuxième collaboration et à la suite d’un appel à projet international, PEP – Photographic Exploration Project et la Biennale de la Photographie de Mulhouse présentent une exposition collective traversée par la notion de sédimentation(s), reliant temps, mémoire et accumulation, qu’elle soit sociale, naturelle ou intime. Les 22 artistes sélectionné·es explorent la superposition des strates de manière singulière, qu’il s’agisse de traces humaines, géologiques, biologiques ou affectives, révélant la manière dont ce processus façonne notre perception des lieux, des corps et des expériences vécues.
Dans le champ social et urbain, Elsa Beaumont documente les vies fragilisées et l’histoire sociale d’un lieu d’accueil, où les tensions entre intérieur et extérieur s’accumulent et laissent dans ses images des strates humaines sensibles. Julie Rochereau s’intéresse à la sédimentation entropique d’un paysage, matérialisant par des images fragiles et expérimentales la transformation d’une friche forestière de Romainville, où strates naturelles et interventions humaines se superposent et s’effacent. Anne Mocaër, quant à elle, explore la superposition des ruines, mémoires et projets urbains dans un quartier de Casablanca en voie d’effacement, révélant par la photographie les traces matérielles et émotionnelles d’une communauté en transition.
La matière et l’extraction sont explorées par Jess Gough dans les carrières de calcaire, entre fossiles, marques humaines et accumulations naturelles. Fernande Petitdemange photographie des fossiles historiques pour montrer les strates du temps dans la matière minérale, alors que Chiara Goia superpose archives et paysages contemporains à Carrara pour révéler la mémoire stratifiée de l’extraction de marbre et de ses communautés.
Marjolein Blom interroge la mémoire culturelle et les archives en documentant la disparition d’une librairie et des fragments accumulés de livres et papiers, matérialisant la stratification des lieux.
L’intime et les strates de traumatisme familial constituent un autre axe de la sédimentation. Sue-Élie Andrade-De transforme la perte d’une grossesse en strates visuelles et performatives, comparables à la formation lente des montagnes. Yuki Furusawa photographie la maison de sa grand-mère avant sa démolition, révélant comment objets et espaces accumulent souvenirs et liens intergénérationnels. Susann Carmen Jagodzińska trace la mémoire et les traumatismes sur trois générations, où passé, présent et futur s’entrelacent dans le corps et la conscience. Ruth Lauer Manenti documente quant à elle le deuil et la transmission familiale, recomposant des fragments visuels pour prolonger les présences disparues.
D’autres artistes relient la famille au paysage et à la géologie. Alyssa Warren superpose mémoire familiale, paysage naturel et procédés analogiques pour façonner récits et identités sensibles. Zach Knott relie géologie et héritage familial dans les Mendip Hills, où les strates naturelles et personnelles se croisent. Artur Leão cartographie strates souterraines et sites ancestraux pour explorer traumatismes et intuitions mystiques. Theo Zeal superpose souvenirs, paysages recomposés et traces matérielles pour un récit tactile sur mémoire et maladie, tandis qu’Ella Bryant matérialise états psychiques fragiles en strates sur le papier photographique. Dans son travail, Ali Uchida explore l’île de Tsushima, où des mémoires enfouies se déposent dans les montagnes, la mer, les chemins et les maisons, formant de fines strates de lumière qui glissent lentement vers l’inconscient.
La géologie comme mémoire humaine est présente chez Sergio Lovati, où montagnes et fractures deviennent palimpsestes de temps et transformation. Jessica Lennan superpose strates rocheuses et traces de pigment pour dialoguer entre paysage et perception. Angela Tozzi documente quant à elle la fonte du glacier du Rhône, où couches de glace, cicatrices et interventions humaines deviennent signes de mémoire et de résistance face au changement climatique.
Dans les milieux marins, Yvette Monahan montre comment les corps de poissons accumulent mémoire et conditions écologiques, alors que Sarah Braeck rend visibles les cycles de carbone fixés par les algues brunes, superposant strates scientifiques et gestuelles pour révéler mémoire et transformation des écosystèmes.
À travers ces différentes approches, la sédimentation se déploie comme un outil poétique et conceptuel pour penser accumulation, effacement et continuité, révélant les strates qui composent notre monde, humaines, naturelles ou affectives.

Zach Knott, The Rule Of Three, 2024 - en cours

Marjolein Blom, Shelves, 2024