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Zach Knott, The Rule Of Three , 2024 - en cours

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biennale de la photographie de mulhouse 2026
SÉDIMENTATION(S)

 5 juin - 5 juillet 2026 

Journées inaugurales les 5-6-7 juin 

En 2026, la 7ème édition de la BPM-Biennale de la Photographie de Mulhouse invite à explorer des géographies terrestres et mentales, en s'appuyant sur des notions de sédimentation, de stratification, de matière-flux et de plasticité des mémoires collectives et individuelles.

La thématique est liée à la situation géographique de Mulhouse, ville du festival. Il y a 33 millions d'années, la plaine d’Alsace était un fond marin. Cette mer a déposé d’épaisses couches de calcaires et de marnes autour de Mulhouse. Cette action perpétuelle de flux et de sédiments combinés, cet organisme géologique vivant a marqué le territoire et ses habitant·es dans son expression topographique, en toile de fond de nombreuses vies. Ces phénomènes de sédimentation participent d’une histoire vivante, collective et culturelle. Les habitant·es les exploitent comme ressources minérales, pour créer leurs abris, mais aussi pour explorer leurs propres histoires et récits au fil des millénaires.

À l’instar de ces phénomènes de sédimentation, cette 7ème édition de la BPM réunit des photographes qui explorent le passé, intéressé·es par les excavations géologiques tout autant que mémorielles. Miner, excaver, fouiller sont autant de méthodologies d’investigation, permettant l’exploration de la terre mais aussi de l’esprit. Les expositions entrelacent les narrations collectives et les interconnexions entre les histoires individuelles et collectives, humaines et non humaines.


À travers 12 expositions, la BPM 2026 présente les œuvres de :

Gaëlle Delort, Marilia Destot, Rıfat Göbelez, Bernard Guillot, Pauline Hisbacq, Sangyon Joo, Eugenie Shinkle, Roselyne Titaud, Jenia Fridlyand, Sue-Elie Andrade Dé, Elsa Beaumont, Marjolein Blom, Sarah Braeck, Ella Bryant, Yuki Furusawa, Chiara Goia, Jess Gough, Susann Carmen Jagodzinska, Zach Knott, Ruth Lauer Manenti, Artur Leão, Jessica Lennan, Sergio Lovati, Anne Mocaër, Yvette Monahan, Fernande Petitdemange, Julie Rochereau, Angela Tozzi, Ali Uchida, Alyssa Warren, Theo Zeal, Adji Dieye, Jennifer Douzenel, Eric Gyamfi, Kapwani Kiwanga, George Mahashe, Otobong Nkanga, Leonard Pongo, Tiago Casanova, Rebecca Bowring, Eleonora Calvelli, François Jonquet, Katya Lesiv, Natalie Malisse, Ulf Lundin, Margot Wallard, Jean-Claude Figenwald, Pablo Castilla, Manuela Marques, Sandra Eades, Gisoo Kim, Lilly Lulay, Dalmonia Rognean, Wenke Seemann

et celles des étudiant·es des Écoles Supérieures d’Art du Grand Est suivant les cours de photographie de Constance Nouvel, Estefanía Peñafiel-Loaiza, Delphine Gatinois, Andrea Keen, Laurent Montaron, Anne Immelé, Isabelle Le Minh


Présentation par la directrice artistique
Anne immelé

« Les 12 expositions de cette édition proposent différentes approches des phénomènes de sédimentation. Depuis son invention, la photographie est doublement liée à ces processus, à la fois car elle puise sa propre chimie dans les minerais, mais aussi parce que photographie, mémoire et archives fonctionnent selon une logique de stratification.

La sédimentation n’est pas figée, c’est un phénomène dynamique, en transformation. Les expositions de cette édition ont été conçues de la même manière, en étant pensées comme un médium actif, en effervescence. La sédimentation est une phase agissante, la stratification en est une résultante. De la même manière, la photographie opère ce passage. Hiroshi Sugimoto indiquait que “prendre une photo c’est fossiliser le présent.”

Histoires de roches, temporalités plurielles

Les roches, les grottes, les falaises et les différentes formations géologiques inspirent les photographes depuis l’invention de la discipline. Elles permettent aussi aux photographes contemporain·es d’explorer différentes matérialités et installations.

L’exposition Sédimentation(s) – une constellation (Musée des Beaux-Arts) a pour point de départ la fascination vis-à-vis du monde minéral. Elle sera évolutive : les photographies issues du Musée Nicéphore Niépce viendront progressivement s’y sédimenter tout au long de l’exposition. Eugenie Shinkle et Marilia Destot y développent des images qui se mesurent au temps géologique pour créer des œuvres fragmentées, dont le processus de fabrication procède par strates mémorielles et visuelles. Dans une approche documentaire des cavités naturelles, Gaëlle Delort explore la profondeur du monde.

Dans cette continuité, Pablo Castilla (Parc des Berges de l’Ill) explore les résonances entre des temporalités humaines et géologiques. Créant des images traversées par des puissances telluriques, Manuela Marques (Centre Culturel Français Freiburg) noue une relation singulière avec les territoires qu’elle photographie, rendant visible les différentes strates de perception, faisant dialoguer données historiques, géographiques et scientifiques.

Des falaises des côtes anglaises aux carrières de marbre, à travers des approches très différentes, nous retrouvons une dimension géologique forte dans l’exposition PEP (Bibliothèque Grand’Rue) avec les photographies de Jessica Lennan, Zach Knott, Fernande Petitdemange, Artur Leão, Jess Gough, Chiara Goia, Sergio Lovati et Angela Tozzi. Quant à elles, Yvette Monahan et Sarah Braeck vont sonder les fonds marins.

Mémoires enfouies & matérialités

Plusieurs expositions questionnent les mémoires individuelles ou collectives, enfouies, parfois oubliées. Les séries photographiques de Rebecca Bowring, Eleonora Calvelli, François Jonquet, Katya Lesiv, Ulf Lundin, Natalie Malisse et Margot Wallard réunies dans l’exposition Bruissements (Tour de l’Europe) s’ancrent dans l’espace de la domesticité, pour y faire revenir à la surface, des relations et souvenirs de la sphère familiale, parfois invisibles depuis l’extérieur. Ces enjeux se déploient aussi dans l’exposition PEP (Bibliothèque Grand’Rue). Parmi les 22 photographes exposé·es, les photographies de Sue-Élie Andrade-De, Yuki Furusawa, Susann Carmen Jagodzińska, Ruth Lauer Manenti explorent les liens de filiation intergénérationnels, parfois traumatiques. Les mémoires individuelles, familiales, amicales, ou liées à des lieux spécifiques sont parfois sauvées de l’oubli par la photographie, comme cela est le cas dans les approches photographiques très différentes de Alyssa Warren, Theo Zeal, Ella Bryant, Elsa Beaumont, Anne Mocaër, Ali Uchida, Julie Rochereau, Marjolein Blom.

Réunissant Adji Dieye, Jennifer Douzenel, Eric Gyamfi, Kapwani Kiwanga, George Mahashe, Otobong Nkanga et Léonard Pongo, l’exposition Settled (La Filature) revisite le cadre archivistique au regard de l’Histoire mais aussi de ses lacunes, explorant les modes de visibilité et d’invisibilité qui traversent notre époque. L’oeuvre installative d’Adji Dieye mêle archives personnelles du Sénégal contemporain et archives nationales de l’époque coloniale. L’installation Taste of stone d’Otobong Nkanga fonctionne comme une série d’histoires de corps et de sensations autour d’une pierre. L’on retrouve l’importance donnée à la matérialité des images, à des modes de production lents dans l’exposition Sédiments de mémoire (Morat-Hallen), où sont réunies les œuvres de Sandra Eades, Gisoo Kim, Lilly Lulay, Dalmonia Rognean et Wenke Seemann. À l’instar de la pratique de Lilly Lulay, ces artistes transforment les photographies, à l’aide d’aiguilles et de fil, de ciseaux et de colle, et les combinent à d’autres prises de vue.

Par la création d’une constellation d’images, Sangyon Joo (Musée des Beaux-Arts) invite à naviguer dans sa mémoire personnelle, à se mouvoir dans des perceptions fragmentées et dans des territoires naturels. À travers une observation aiguë d’espaces domestiques et publics, Roselyne Titaud (Musée des Beaux-Arts et Tour de l’Europe) révèle des objets du quotidien, parfois transmis de génération en génération, ainsi que des enchevêtrements de formes, d’histoires et de reconstitutions.

Civilisations, histoires méditerranéennes, et au-delà…

Plusieurs expositions interrogent des enjeux territoriaux et civilisationnels. Partant du mythe de Méduse, Tiago Casanova (Chapelle Saint-Jean) croise les histoires de la Méditerranée contemporaine, Bernard Guillot, Pauline Hisbacq ou Rıfat Göbelez (Musée des Beaux-Arts) ancrent leurs récits photographiques dans un dialogue avec l’Antiquité méditerranéenne. En photographiant des fragments rocheux provenant
des continents Européen et Africain, puis en pliant les images pour les faire se rencontrer, Kapwani Kiwanga (La Filature) propose une réflexion sur le temps profond, les migrations et les transformations territoriales.

Pour sa première exposition en France, Jenia Fridlyand (Musée des Beaux-Arts) s’est immergée dans l’environnement intrinsèquement aléatoire de l’île de Cuba. Son exposition Limits of Control développe une esthétique de la sédimentation, dans la matière même d’un réel chaotique, habité par l’histoire.

Une rétrospective retrace 50 années de la carrière de photographe-reporter de Jean-Claude Figenwald (Le Séchoir). L’exposition entrelace différentes échelles, celle de la rue où habite le photographe à Paris, celle des différents pays et continents traversés, ses séquences étant scandées par les grands événements politiques des dernières décennies.

Enfin, dans l’espace public mulhousien se déploient les visions diversifiées des étudiant·es des Écoles Supérieures d’Art du Grand Est et de l’école Studio Images - Phnom Penh. Parmi ces pratiques émergentes, l’exploration des origines de la photographie a été favorisée avec l’usage de la photographie argentique ou de techniques anciennes revisitées.

Les journées inaugurales des 5, 6 et 7 juin seront l’occasion de découvrir ces 12 expositions en présence des photographes et des commissaires, de partager des approches diversifiées de la photographie contemporaine. Autre espace de déploiement de la photographie, formidable vecteur de sédimentations, le livre photo est aussi à l’honneur lors de ce week-end d’ouverture, à travers des discussions et d’un marché
du livre photo au Musée des Beaux-Arts. Un grand merci aux artistes, aux commissaires et éditeurs invités, aux lieux et équipes partenaires.

Je vous souhaite une belle édition 2026. »

Anne Immelé, Directrice artistique