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Städtische Galerie, MORAT-Hallen, Fribourg-en-Brisgau
22 mai - 5 juillet
jeudi et vendredi de 16h à 19h, samedi et dimanche de 11h à 17h, fermeture les jours fériés (allemands)
Vernissage le 21 mai à 19h
Visite guidée le 5 juin
Commissaires d’exposition : Eva Kallenberger et Camille Rey
Si le terme de sédimentation est à l’origine issu de la géologie, il est aujourd’hui également employé dans d’autres domaines. En nous, comme dans la nature, existent de nombreux sédiments : des couches de souvenirs et des dépôts de moments et d’impressions qui constituent des paysages intérieurs. Ils nous façonnent, influencent notre identité et déterminent la manière dont nous percevrons les lieux à l’avenir. Les souvenirs déposés sont eux-mêmes sédimentaires : ils ne se forment pas à partir d’une seule impression, mais à partir de multiples perceptions sensorielles et de récits (ré)élaborés, toujours imprégnés d’émotions. Mais comment rendre visibles ces strates de mémoire ?
Toutes les artistes présentées dans l’exposition abordent la photographie comme un médium de la mémoire et s’interrogent sur des questions telles que : comment le souvenir d’un lieu se constitue-t-il en nous par strates ? Comment se dépose-t-il en nous ? Comment les lieux nous influencent-ils ? Comment me souviens-je de ces lieux et comment d’autres s’en souviennent-ils ?
Pour ce faire, elles transforment les photographies — à l’aide d'aiguilles et de fil, de ciseaux et de colle ou encore de pinceaux et de peinture —, les combinent à d’autres prises de vue. Elles superposent médias et moments afin de visualiser les souvenirs ainsi que les connexions de personnes et de lieux. Il en résulte une nouvelle technique sédimentaire, dans laquelle la photographie — tout comme l’impression visuelle dans le processus de la mémoire — n’est qu’une couche et une perception parmi d’autres.

Sandra Eades, Excursion, 2006. Courtesy of the artist
Dans ses Photo-Paintings, Sandra Eades associe la photographie argentique à la peinture monochrome et au dessin à l’aquarelle. Elle compose ses œuvres à partir d’associations de couleurs. Terrain Sondieren et Excursions ont été créées pendant et après des promenades dans les vignobles de son ancien lieu de résidence, à Ihringen.
Pris un à un, les éléments individuels des œuvres ne constituent pas une documentation claire ; ils forment plutôt une composition d’impressions diverses : une promenade visuelle qui invite le public à découvrir le lieu par le ressenti plutôt que par la reconnaissance visuelle. Un pavé saupoudré de neige, une surface noire monochrome ou une goutte de rosée matinale : ce sont là des fragments qui évoquent des ambiances, des souvenirs, des sensations, voire des associations inhabituelles et nouvelles, donnant au public une perception du lieu comme il ne l’a jamais vécue auparavant.
Née en 1949 à Chelmsford, Royaume-Uni, Sandra Eades combine la photographie et la peinture, à la manière d’un collage, pour créer un genre indépendant : la « photo/peinture ». Elle est l’une des premières artistes à utiliser ce procédé de cette manière. Les séries d’images de Sandra Eades s’appuient sur des approches photographiques de lieux et de paysages spécifiques.
Au lieu d’utiliser des ciseaux et de la colle ou un logiciel numérique, Gisoo Kim opte pour une méthode particulière pour créer ses collages : elle se sert uniquement d’une aiguille et de fil pour assembler ses photographies. Pour sa série Connected Spaces, elle utilise des photographies argentiques qu’elle a prises lors de promenades, de voyages ou dans sa vie quotidienne. Après les avoir découpées, elle les superpose en formant une spirale, les faisant se chevaucher les unes sur les autres. Les fils cousus à la main relient ces impressions de paysages et de ciels de manière significative : les liens et les connexions intrinsèques entre les lieux deviennent visibles. En parallèle, les photographies se recouvrent les unes les autres et créent ainsi de nouveaux espaces et de nouvelles pièces. Elles invitent le public à les regarder de plus près.
Dans son installation conçue spécialement pour l’exposition, Kim combine l’idée conceptuelle de Connected Spaces avec les formes tridimensionnelles qu’elle expérimente depuis 2022. En tant qu’étudiante en sculpture, elle considère également les photographies comme des objets sculpturaux et les moule dans des matières plastiques. En partie suspendues, en partie posées, un ensemble d’œuvres se forme, invitant à explorer et à retracer des émotions et des impressions.
Gisoo Kim est née en 1971 à Séoul, en Corée du Sud. Elle a commencé à étudier la sculpture en 1991 à l’université de Séoul, avant de s’installer en Allemagne en 1997. Elle y étudie à la Hochschule für Bildende Künste de Hambourg ainsi qu’à l’Académie des Beaux-Arts de Düsseldorf. Au cours de ses études de master, elle a également développé un intérêt pour la photographie. Elle a reçu plusieurs prix, dont le Silver Paper Art Award en 2023. Dans son travail actuel, elle se concentre sur des photomontages, qu’elle transforme parfois en sculptures tridimensionnelles.

Gisoo Kim, Connected Spaces, 2025
Dans sa pratique artistique, Lilly Lulay explore notamment la photographie en tant que support de la mémoire. Dans les deux œuvres exposées, elle travaille principalement avec des photographies qu’elle trouve dans des brocantes, sur Internet ou que lui transmettent ses proches.Dans sa série Mindscapes (débutée en 2007), elle cherche à créer « […] des scènes d’un monde intérieur fait de mémoire et d’imagination, inaccessible à tout appareil photo […] » à travers des collages. En superposant des fragments de moments de la vie d’autres personnes, elle construit un paysage abstrait.
La vidéo Brussels (2025) montre une superposition lente de photographies de la ville où elle a vécu pendant six ans. Les formes et les figures de ces photographies sont partiellement découpées, révélant les images qui se trouvent en dessous. Il en résulte un collage vidéo de photographies réalisées par l’artiste ainsi que par les habitant·es et les passant·es de la ville, accompagné des sons quotidiens de celle-ci. Une impression collective de la ville se dégage ici de nombreuses expériences individuelles et personnelles. Lulay examine comment un lieu est façonné par les souvenirs des personnes qui y vivent, par les sons et par les impressions – et comment ces éléments peuvent lui donner vie.
Lilly Lulay est née en 1985 à Francfort. Elle a étudié la photographie, la sculpture et la sociologie des médias en Allemagne et en France. Ses œuvres examinent la photographie comme un outil culturel au centre de la vie quotidienne. Parfaitement consciente de la surproduction d’images actuelle, Lulay utilise ses propres photographies ainsi que celles d’autres personnes comme « matière première ». Elle transforme les photographies en objets tangibles.
Dalmonia Rognean a grandi près de deux sites de fouilles archéologiques ; enfant, elle s’était souvent imaginée ce que cela ferait de creuser elle-même à cet endroit. Dans son installation When the old rivers turn, we hide, we seek, elle donne libre cours à cette envie : telle une archéologue, elle mène des fouilles métaphoriques dans le paysage de sa région natale. À travers la photographie, la recherche, les souvenirs et l’imagination, elle met au jour de nouvelles couches historiques ou fantastiques et les rend tangibles par la superposition de photographies, d’enregistrements et de dessins.
Parallèlement, l’œuvre aborde également un aspect critique de l’archéologie : tout comme dans les recherches de Rognean, l’expérience et la perspective personnelles influencent inévitablement l’étude apparemment objective des artefacts – à travers la sélection des objets, leur manipulation et leur contextualisation. Mais Rognean ne considère pas cela comme négatif ; elle pose plutôt la question suivante : quelles couches intimes se cachent au sein de notre histoire ?
Dalmonia Rognean est née en 1993 à Brașov, en Roumanie. Elle vit et travaille à Vienne, où elle étudie actuellement la photographie et les médias temporels à l’Université des arts appliqués. Sa pratique artistique s’articule autour de la création de mondes possibles : en ancrant ses images dans des situations issues du réel, elle les dépasse pour construire un univers où coexistent et se superposent de multiples récits. Développant une approche à la fois documentaire et conceptuelle de la photographie, elle explore des thématiques sociétales, notamment d’ordre anthropologique, interrogeant les comportements humains et les structures invisibles qui façonnent nos expériences collectives.
À la mort de son père, Wenke Seemann a hérité de ses archives photographiques : dix cartons remplis de tirages et de négatifs, dont beaucoup ont été pris dans les quartiers nouvellement construits de Rostock dans les années 1970 et 1980. Depuis 2019, Seemann explore artistiquement ce matériel dans le cadre de sa série Archivdialoge #1 – Bauplan Zukunft. Elle confronte les photographies prises par son père, qui symbolisent un nouveau départ, le progrès et la modernité, à ses propres souvenirs d’enfance et de jeunesse de la ville à l’époque de la RDA et après la chute du mur, en croisant les genres et les médias.
Pour la série de collages Deconstructing Plattenbau, Seemann dissèque des photographies d’architecture et les restructure, les replaçant dans la tension esthétique de la modernité. Pour son film Plattenbaugeschichten, elle combine des images d’archives avec son propre texte de recherche associatif, la composition des deux permettant de réfléchir sur le passé, le présent et l’avenir. Les œuvres d’art saisissent les souvenirs et les expériences en couches : elles visualisent la distance temporelle, mais aussi le lien émotionnel avec le lieu de son enfance. Différents points de vue – entre utopie et démystification – se fondent en une image aux multiples facettes de l’espace et du temps.
Wenke Seemann est née en 1978 à Rostock, en Allemagne. En 2000, elle a obtenu un diplôme en philosophie à l’université de Rostock, puis en 2005 un diplôme en sciences sociales à l’université Humboldt de Berlin. À partir de 2010, elle commence à suivre des cours de photographie avant d’entreprendre, en 2012, une formation de photographe professionnelle auprès de Frank Gauditz. Depuis lors, Seemann travaille comme photographe indépendante sur commande, tout en développant parallèlement une pratique artistique personnelle. Pour son travail, elle a reçu plusieurs bourses de résidence d’artiste, notamment à Belgrade, en Serbie, et à Berlin.

Wenke Seemann, Deconstructing Plattenbau – Lütten Klein #1, 2020/2021©️ Wenke Seemann / VG Bild-Kunst, Bonn 2026