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Gaëlle Delort, Décamagne de la série Développements , 2024

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Sédimentation(s) - une constellation

Gaëlle Delort, Marilia Destot, Rıfat Göbelez, Bernard Guillot, Pauline Hisbacq, Sangyon Joo, Eugenie Shinkle, Roselyne Titaud, photographies de la collection du Musée Nicéphore Niépce

Musée des Beaux-Arts, Mulhouse
5 juin - 20 septembre
tous les jours sauf le mardi, de 10h à 13h et de 14h à 18h
Vernissage le vendredi 5 juin

Commissaire d’exposition : Anne Immelé 

La notion de sédimentation permet de décrire à la fois les processus géologiques naturels et les strates de la pensée humaine. Sur la base de cette polysémie, l’exposition Sédimentation(s) - une constellation se présente comme un organisme en mouvement qui fait se rencontrer différentes périodes de la photographie. Déployée dans quatre temporalités et espaces, la constellation de l’accrochage met en relation des photographies du 19ème siècle et de la première moitié du 20ème siècle avec des images contemporaines autant que des photographies vernaculaires avec celles prises par des artistes explorant la matérialité de l’image. L’exposition croise différentes mémoires; celle des lieux, celle du·de la photographe ayant vécu ou traversé des territoires ainsi que la mémoire géologique. Le parcours favorise des passages des formes naturelles aux formes façonnées, multipliant les résonances entre les univers. Les roches, les pierres, leurs différents états et la manière dont elles ont stratifié le paysage et ont été utilisées dans les différentes civilisations sont autant de sujets de l’exposition. Tout au long de sa durée, cette dernière sera en évolution. Aux photographies ancrées s’ajouteront au fil des semaines d’autres images venant composer de nouvelles couches de lecture.

Marilia Destot, Plage de la série Memoryscapes, 2023


Gaëlle Delort

Développements

Le développement désigne en photographie l’opération transformant l’image latente en image visible. En spéléologie, le développement correspond à la longueur cumulée des galeries interconnectées qui composent un réseau souterrain.

Que voit-on sous terre ? Quelles formes reconnaissons-nous, et que racontent celles qui nous sont encore inconnues ? À travers l’exploration à la chambre photographique argentique d’une dizaine de cavités naturelles en région Occitanie, et grâce aux regards et outils de géomorphologues, géologues, hydrogéologues et géoarchéologues, Développements propose de penser les milieux souterrains comme d’infinis laboratoires devisions, qui continuent de dévoiler les archives de l’histoire de la Terre et de ses habitant·es.

La série Développements a bénéficié du soutien de la Région Occitanie, par l’aide à la production 2025, et de la Résidence 1+2.
La série Karst a bénéficié du soutien de la DRAC Occitanie, aide individuelle à la création 2023.

Gaëlle Delort est une artiste photographe diplômée de l’École Nationale Supérieure de la Photographie d’Arles. Elle vit en Lozère. Par la collecte d’indices qui composent l’épaisseur d’un lieu et ses paysages, elle cherche à capter des formes de résonances entre des temporalités humaines et géologiques, jouant de la profondeur du monde et de la surface des images. Son travail a été exposé en France et à l’étranger, notamment aux Rencontres d’Arles, à la Biennale photographique Photosa au Burkina Faso, à la Ville Blanche à Marseille, au festival PhotoSaintGermain à Paris et à la galerie Carte Blanche d’Hangzhou en Chine. Depuis 2020, elle mène le travail Karst à partir de la géomorphologie de la région des Grands Causses, pour lequel elle a reçu en 2023 le soutien de la DRAC Occitanie. En 2024, elle réalise la série Développements. Publié aux éditions Filigranes, ce travail explore la matérialité et la temporalité de la photographie argentique au prisme des milieux souterrains, à partir des dispositifs de visions de géomorphologues, géologues et paléoclimatologues. Elle poursuit sa recherche en combinant sa pratique photographique à celle de la spéléologie.

gaelledelort.com

Marilia Destot

Memoryscapes

Dans la série Memoryscapes, Marilia Destot revisite ses archives photographiques personnelles et redonne vie à ses images dormantes prises au fil de ses voyages et des années. En atelier, l'artiste transforme cette matière : elle imprime les photographies, les fragmente, les déchire, les superpose et les assemble en strates organiques. Paysages marins mystérieux, sommets montagneux ou horizons indéfinis se recomposent à la main. En jouant avec les motifs, la palette de couleurs, les formes et les plis des déchirures, elle expérimente de manière intuitive et aléatoire avec ces fragments minimalistes et abstraits. Ainsi naissent des couches d’espace et de temps, des strates de mémoire. L’artiste transforme des paysages organiques en paysages imaginés, à l’image des conteurs et conteuses qui puisent dans leurs souvenirs pour tisser de nouvelles histoires. Guidée par l’intuition et le hasard, elle crée un ensemble d’images poétiques qui interroge et dessine une mémoire du paysage autant que les paysages de sa mémoire.

Le second volet de la série Memoryscapes a été développé lors d’une résidence du festival Planches Contact en 2025.

Née à Grenoble, Marilia Destot est une photographe franco-américaine, basée à New York. Sa photographie personnelle explore la trace, le temps qui passe, une écriture poétique de la mémoire familiale, des paysages traversés, du corps en mouvement. Ses proches et la nature l’inspirent, ils sont les modèles, supports et sujets de ses récits photographiques intimes, développés au long cours. Sa pratique artistique implique la fragmentation/répétition, l’utilisation d’archives personnelles et l’altération manuelle du tirage photographique, telle que le piquetage et le collage. Son travail interroge l’éphémère et l’intemporelle nature des choses. Ses images parlent de la perte, de la résilience, de la contemplation d’un monde en tumultes, à capturer et ré-imaginer dans sa beauté fragile et lumineuse.

mariliadestot.com

Rıfat Göbelez

Mont Habib-i Neccar, Avril 2024, issu de la série Antioche(s)

En février 2023, deux puissants tremblements de terre ont ravagé la région d’Antioche. Contrairement aux récits médiatiques qui décrivent ce désastre comme un événement exceptionnel, Rıfat Göbelez l'inscrit dans une histoire cyclique, où le séisme n’est pas une rupture, mais un phénomène intrinsèque au paysage. Son projet se veut une archéologie de l’instable, une tentative d’attirer l’attention sur la fragilité d’un paysage que l’on croit immuable.
Antioche, en Turquie, surnommée la ville des civilisations, se situe au carrefour de l’Orient et de l’Occident, sur une terre marquée par une histoire mouvementée et une grande diversité culturelle. C’est aussi une ville bâtie sur un sol instable, soumise aux séismes répétés qui, depuis sa fondation, menacent sans cesse son existence. 
La série exposée montre la montagne, aujourd’hui appelée Habib-i Neccar. Elle symbolise la cohabitation religieuse qui a marqué l’histoire de la ville qu’elle surplombe. Associée à la figure de Saint Pierre dès le Ier siècle, elle fut un lieu important pour la diffusion du christianisme, puis, au VIIe siècle, pour celle de l’islam. Mais cette charge symbolique rencontre aujourd’hui des enjeux politiques. Suite aux tremblements de terre, les activités d’extraction minière s’y sont intensifiées pour répondre au manque de matériaux nécessaires à la reconstruction de la ville.

Rıfat Göbelez, né en 1995 à Bursa, Turquie, vit et travaille à Arles, France. Après des études à la Haute École des Arts du Rhin à Mulhouse, Rıfat Göbelez est diplômé de l’École Nationale Supérieure de la Photographie d’Arles en 2025. Sa pratique photographique adopte une approche directe du réel et s’apparente à une forme d'archéologie qui interroge des enjeux territoriaux et civilisationnels. Son travail Antioche(s), qui documente de manière sensible un paysage altéré par l’histoire, a été exposé lors des Rencontres d'Arles 2025.

instagram.com/rftgobelez

Rıfat Göbelez, Mont Habib-i Neccar, Avril 2024, issu de la série Antioche(s)

Eugenie Shinkle

Middle Cove

Eugenie Shinkle est attirée par la roche en tant que matière intimement liée à la vie, mais modelée par des forces non vivantes ; une matière qui semble inerte, mais qui est le fruit d'un changement continu. Dans le cadre de cette exposition, l’artiste présente une installation inédite et éphémère qui explore la manière dont les images s'accumulent, se fracturent et se lient entre elles. La grille joue un rôle central dans ce processus, non pas comme un dispositif formel, mais comme un mode de pensée.

Eugenie Shinkle est une artiste et autrice basée à Londres, au Royaume-Uni. Son travail se déploie entre pratique photographique, écriture critique et activité éditoriale, avec un intérêt constant pour la manière dont les images fonctionnent comme objets, systèmes et espaces d’attention, plutôt que comme vecteurs de narration ou d’expression. Parallèlement à sa pratique artistique, Shinkle écrit abondamment sur la photographie contemporaine, les technologies visuelles et la vie matérielle des images. Ses publications abordent les questions de matérialité et de perception, en s’attachant notamment à la façon dont le sens photographique émerge à travers des rencontres physiques. Elle s’intéresse particulièrement aux formes de regard qui se déploient lentement, résistant à l’immédiateté, à la lisibilité et au temps linéaire.
Ces préoccupations nourrissent son travail photographique, qui prend fréquemment la forme de configurations et d’installations composées de multiples images. Plutôt que d’isoler les images, elle explore la manière dont le sens se génère par proximité, répétition et variation, ainsi que le comportement des photographies lorsqu’elles sont appréhendées comme partie intégrante d’un champ visuel plus large. Les formations géologiques et organiques constituent un point de référence récurrent, non comme motifs symboliques, mais comme modèles permettant de penser le temps, la matérialité et l’organisation au-delà de l’échelle humaine. Le travail de Shinkle a été exposé à l’international et entretient un lien étroit avec son activité d’écriture et d’enseignement. Elle est également rédactrice en chef de C4 Journal et contribue régulièrement au discours critique sur la photographie et la culture visuelle.

eugenieshinkle.com

Roselyne Titaud

Cosmologies 

Sur un plexiglas noir, la photographe arrange les formes de coquillages qui se laissent saisir dans leur vie la plus silencieuse. Ceux-ci sont issus d’une collection autrefois constituée par un vieil homme et aujourd’hui héritée par son fils. Ces objets, transmis entre les générations, deviennent des corps célestes qui se constituent en constellations. La géométrie de leurs courbes questionnent sur les ouvrages humains et naturels, sur notre place et notre action sur le monde. S’inscrivant dans l’héritage de la nature morte, Roselyne Titaud rapproche son travail photographique de la tradition picturale classique.

Roselyne Titaud obtient son diplôme des Beaux-Arts en 2001, puis vit et travaille plusieurs années à Saint-Étienne. Elle expose rapidement en France, notamment au MAC de Lyon (« Rendez-vous », 2004), à Grenoble et à Arles. En 2009–2010, une résidence à l’Akademie Schloss Solitude à Stuttgart marque un tournant : elle s’installe à Berlin, où elle restera quinze ans. Cette expérience lui vaut une reconnaissance, entre autres, du MAM de Berlin et de la SK Stiftung à Cologne. Enrichie de ce parcours, elle s’installe à Paris en février 2025 où elle expose aussitôt la série Cosmologies aux ateliers Hermès (collection dont elle fait partie) à Pantin.

roselynetitaud.fr

Pauline Hisbacq

Collages pour Nina

Les compositions dissonantes de la série Collages pour Nina associent des images d'archives de Pompéi à des photographies de famille réalisées à l'iPhone. Ces dernières montrent la fille de Pauline Hisbacq dans son quotidien fait de jeux, de sommeil et de découverte des éléments qui l'entourent. Le geste manuel de recadrage, d’association puis de collage s'inscrit dans une démarche artisanale de manipulation des images. Les empreintes des corps des habitant·es de Pompéi qui ont péri – saisi·es par l'éruption qui a anéanti la cité antique – sont rapprochées du corps de la fille de la photographe, avec lesquelles ses postures se confondent. Ainsi, la vie remplit les vides laissés par le souffle du volcan. Ce va-et-vient formel et temporel que permet le collage évoque la métamorphose spirituelle, le changement de monde, à l'œuvre par le volcan et par la naissance. La vie coule dans les creux de la terre. Après la mort, la vie revient et c'est ainsi, c'est dans l'ordre des choses. Alors, dans la mort résiste une tendresse, et dans la vie nouvelle se préfigure le tragique. Ce volcan, cet enfant, c'est un monstre, un autel, une image, un sentiment. C'est l'intime et le monde.

Après des études de philosophie, Pauline Hisbacq est diplômée de l’ENSP d’Arles. Son travail, en photographie ou par la manipulation d’images d’archives, évoque de manière poétique la jeunesse, les désirs, les rites de passage et de résistance. Elle cherche les sentiments dans les formes et les figures. Elle explore aujourd’hui ce qui lie l’intime et le politique, le mythe et le contemporain. Son travail a été présenté notamment au Frac Grand Large, au Centre photographique Rouen Normandie, au centre d’art La chapelle Saint Jacques, et a fait l’objet de nombreuses publications. Elle est aussi photographe au Musée Rodin et éditrice chez September Books.

paulinehisbacq.com

Sangyon Joo

Other Ways of Being

Sangyon Joo – qui a développé un nouveau regard sur l'acte de voir à la suite d'un incident qui a failli lui faire perdre la vue – relie les vaisseaux sanguins de ses radiographies aux branches d'arbres ou les juxtapose à d'autres objets, entremêlant ainsi les paysages intérieurs et extérieurs. Les lieux et les sujets qu'elle contemple convergent dans la fresque que forme la mémoire. Les photographies issues de cette série qui ont été choisies pour l’exposition s’articulent à partir de la mémoire de l’eau et de l’étang de Walden. Ce même étang que le philosophe Henry David Thoreau a choisi en son temps comme lieu de vie.

Sangyon Joo est née à Séoul, en Corée. Elle obtient une licence en Beaux-Arts à l'Université nationale de Séoul en 1994 et une maîtrise en Beaux-Arts à l'Université Hongik en 1999. Elle a étudié avec Linda Connor et obtenu une deuxième maîtrise en Beaux-Arts au San Francisco Art Institute. En 2010, elle a fondé Datz Press et Datz Museum, deux institutions consacrées à la photographie et au livre. Depuis le début de sa carrière d'artiste, elle continue d'exposer ses œuvres sous forme de livres et de les présenter dans de nombreux salons internationaux du livre d'art. Récemment, elle a publié Other Ways of Being et a présenté une exposition personnelle à Datz Frame. Ses œuvres ont été exposées à l'échelle internationale et font partie de nombreuses collections privées et publiques. Elle s'est profondément engagée dans les échanges artistiques interculturels internationaux en tant qu'artiste et directrice artistique.

sangyonjoo.com

Bernard Guillot 

La Cité des Morts

Le travail de Bernard Guillot se présente comme un index à multiples strates de micro-récits poétiques, plongeant le public dans un monde où le temps lui-même devient une force déterminante et façonnant un lieu tout en marquant le passage à travers lui. Dans La Cité des Morts, Bernard Guillot dévoile des fragments d’un territoire où les ruines s’entrelacent aux vestiges de la vie, où l’existence est modelée par la psychogéographie de son environnement. C’est une méditation sur la fugacité, sur la mort, sur la vie qui passe, sur la vie qui mérite d’être vécue. 

Pour l’exposition de cette série au sein de Sédimentation(s) - une constellation, une installation spécifique a été créée à partir du livre édité par Origini edizioni et les choix éditoriaux de son directeur artistique Ilias Georgiadis.

Né à Bâle, Bernard Guillot (1950–2021) partageait son temps entre la France et l’Égypte. Peintre et photographe, diplômé de l’École Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris, Guillot a reçu le Prix Nadar en 2003 pour son livre photographique Pavillon Blanc (Filigranes Editions). Ses œuvres figurent dans de nombreuses collections privées et publiques, notamment au Centre Pompidou, au Musée d’Art Moderne de Paris, à la Bibliothèque Nationale de France et à l’American University in Cairo, entre autres. Bernard Guillot est représenté par la galerie Tintera (Le Caire/Londres).

Collection du Musée Nicéphore Niépce

Les collections du Musée Nicéphore Niépce regroupent près de trois millions de photographies et d’objets. À la manière de ses collections qui rassemblent différentes natures d’images (œuvres d’artistes, albums d’amateurs, fonds documentaires, etc.), la sélection effectuée pour cette exposition est variée, tant dans ses temporalités que dans les postures de ses auteurs. Comme si elles venaient se sédimenter sur le fond d’un cours d’eau, les près de 75 photographies issues des collections du Musée Nicéphore Niépce sont progressivement ajoutées à l’accrochage, au fil des semaines. Dispersées dans l’espace d’exposition, elles proposent des échos avec les images photographes contemporain·es. 

Photographies issues : 

- de séries réalisées par François-Joseph Chabas, Léon Collin, Robert Demachy, Maurice Deribéré, Pierre d'Espiney, Marcel (dit Célic) Henry, William Henry Jackson, Édouard Guy Loydreau, Ernest Sedallian, Underwood et Underwood, Louis Vigne et Charles Nègre
- des agences Chusseau-Flaviens et Sartony
- du studio Michalet et de Combier Imprimeur Macon
- de la collection René Desbrosse, paléontologue

Le monolithique près de Bagdad, datant du VIè siècle avant J.C. (titre inscrit), vers 1924-1926 © Collection du Musée Nicéphore Niépce