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Forces Telluriques / Telluric Forces

Berges de la Thur
Médiathèque de Thann
Chapelle Saint-Jean
Berges de la Thur, Thann
Bernard Plossu
Face au vent du monde
Commissariat d'exposition : Anne Immelé

L'exposition propose une traversée subjective de l'oeuvre immense de Bernard Plossu à partir d'une sélection de photographies réalisées dans des déserts et lors de randonnées en haute montagne. L'approche photographique de Plossu a été marquée par ses années au Nouveau Mexique (1977-1985) et sa découverte de paysages qu'il avait auparavant connu au travers des westerns de son enfance. Expérience physique et métaphysique, le désert américain est avant tout une rencontre avec l'immensité et l'immémorial, le milieu rocheux permettant de nous relier au monde sidéral. Espace de silence et de méditation, le désert est aussi, en Afrique, un lieu de rencontre avec les Touaregs, nomades Peuls et Bororos qui se déplacent avec leurs troupeaux. La marche est une pratique concomitante de la photographie. Pour Bernard Plossu, « Encore plus que le cerveau ou l'oeil, c'est le corps qui fait la photo en marchant. Même dans le calme du désert, d'une pierre à l'autre comme dans une morène en haute montagne. »

Né en 1945 au Vietnam, Bernard Plossu réalise ses premières photos à 13 ans, lors d'un voyage au Sahara avec son père. En 1965, il part au Mexique où il photographie ses amis beatniks avec lesquels il expérimente l'errance et la liberté. Il voyage chez les Indiens mayas, en Californie, en Égypte, en Inde, au Niger. En 1977, Bernard Plossu s'installe au Nouveau Mexique. Il y perfectionne un style visuel direct caractérisé par une absence totale d'effet. Dans les années 80, Il revient vivre en Europe et continue de marcher notamment en Espagne, en France, en Turquie ou sur les petites îles italiennes. Ses images sensuelles et silencieuses évoquent la douceur des corps, de la matière, du mouvement. Il est l'auteur de très nombreux ouvrages ayant fait date, tels que Le Voyage mexicain, The African Desert, Au Nord, Avant l'âge de raison ou L'heure immobile.

The exhibition proposes a personal journey through the vast body of Bernand Plossu's work through a selection of photographs from his treks through the deserts and high mountains. Plossu's time in New Mexico (1977-1985) influenced his photographic approach, as did the landscapes he discovered there, previously known to him from the Westerns of his childhood. The American desert is a physical and metaphysical experience. Above all, it is an encounter with the immense and the immemorial; its rocky terrains allowing connection with the sidereal world. In Africa, this expanse of silence and meditation is also a space of encounter with Tuaregs, Fulani and Bororo nomads traveling with their herds. Walking is a practice concomitant with photography. For Bernard Plossu, “More than the brain or the eye, it is the body taking pictures while walking. Even in the calm of the desert, from one stone to another, like a moraine in the high mountains.”

Médiathèque De Thann
Bernard Plossu & Francis Kauffmann
Là où les routes s'arrêtent
Commissariat d'exposition : Nicolas Bézard

« Il faut toujours aller là où les routes s'arrêtent sur les cartes, là où il n'y a plus rien », aime à rappeler Bernard Plossu, livrant par ces mots une clé essentielle de son rapport au monde. En 1989, le photographe publie Le jardin de poussière. Ce livre, devenu mythique, est le fruit de longues marches dans le désert de l'Ouest des États-Unis. À l'écart de la civilisation moderne, mais au plus près des esprits Apaches qui hantent ces étendues de sécheresse, Plossu s'est confronté au silence et à l'infini du paysage, au mystère du visible. Il en a rapporté des images qui, par leur extrême sobriété formelle et le choix assumé du petit format, contredisent l'idée de spectaculaire, et révèlent au contraire un lien intime, subtil, avec ces lieux empreints de cosmicité et de mythes. Dans l'exposition Là où les routes s'arrêtent, un dialogue se noue entre la lumière limpide du désert américain, si intelligemment restituée dans les miniatures du Jardin de poussière, et celle captée par Francis Kauffmann depuis vingt ans dans les zones les plus reculées du Haut Atlas marocain. Avec patience, humilité et lenteur, à distance des sentiers battus, le photographe mulhousien a pénétré ces montagnes ancestrales, laissant se déposer en lui et sur le prisme de son appareil les lumières qu'elles renferment. Adepte, tout comme son ami Bernard Plossu, de la discrétion visuelle qu'offre l'objectif de 50 mm, il présente ici des images en noir et blanc pour la plupart inédites.

Francis Kauffmann, Les filles qui courent, Haut Atlas
Bernard Plossu, Cabezon Peak, New Mexico


Bernard Plossu likes to remind us that “one must always go to unchartered territory, where maps are left unmarked.” These words mirror his relationship with the world. His 1989 cult publication Le jardin de poussière is the fruit of long journeys through the Western desert of the United States. In haunting expanses of dry earth, cut off from modern civilization and immersed in the spirit of the Apache, Plossu confronted silence, infinity and the mysteries of the visible. The sober and small-scale photographs which emerged from this journey clash with notions of the spectacular and capture instead an intimate and subtle connection with the cosmic and mythic nature of the place. The exhibition Là où les routes s'arrêtent creates a dialogue between the crystalline light of the American desert, so cleverly captured in the miniature photographs of Le jardin de poussière, and the light in Francis Kauffmann's photography from twenty years ago, in the remotest parts of the High Atlas mountains in Morocco. The photographer from Mulhouse went off the beaten track and piercing through ancestral mountains with patience, humility and slowness, allowed their light to settle both within him and his camera. Adept, like his friend Bernard Plossu, at the visual discretion offered by the 50mm lens, he presents here mostly unpublished black and white images.

Né en 1966 à Mulhouse, Francis Kauffmann développe une photographie autodidacte et instinctive fondée sur la disponibilité, la persévérance et le temps long. Depuis 2002, c'est régulièrement et à pied qu'il arpente une région sauvage du Haut Atlas Marocain, guidé par des plans griffonnés par des villageois ou d'anciennes cartes montrant les sentier de mules. En 2014, Du thé et des sourires, premier livre rassemblant ses images du Maroc, a été publié aux éditions Médiapop.

En 2021, il a photographié les locaux abandonnés d'une colonie de vacances pour La colo, paru chez le même éditeur. Né en 1981 en Bretagne, Nicolas Bézard est auteur pour différents médias culturels. Ses textes et entretiens pour la presse, les revues spécialisées ou la radio abordent le cinéma, la photographie, la littérature, les arts plastiques. Enseignant en Arts pendant plusieurs années, il a exposé deux séries photographiques à la galerie La Chambre Claire à Rennes : Istanbul 50 mm et L'été (une Amérique rêvée). Depuis 2018, il collabore à la BPM en signant des textes pour le Novo hors-série consacré à la Biennale. Là où les routes s'arrêtent est sa première exposition en tant que commissaire. Cette exposition est en partenariat avec la FEW, parcours Art Contemporain à Wattwiller. Des photographies de Bernard Plossu et de Francis Kaufmann y seront aussi exposées.
Chapelle Saint-Jean
Amandine Freyd
Impressions cosmo-telluriques
Commissariat d'exposition : Pierre Soignon

À l'occasion d'un temps de résidence à Mulhouse, dans le Sundgau et les Vosges du Sud à l'automne 2021, Amandine Freyd est partie, guidée par des livres et des histoires qui lui ont été narrées, sur les traces de lieux connus pour être à haut niveau d'énergie. Tapis au fond des bois, au bords des champs, des rivières ou des lacs, perchés sur les sommets, ces sites sont utilisés depuis des millénaires pour leurs vertus régénératrices, leurs vibrations uniques. Nous connectant avec un autre monde, ils ouvrent sur des réalités impalpables. Par son usage de l'impression directe – cyanotype ou lumen print – Amandine Freyd matérialise la force du soleil sur la matière et révèle un peu de la magie captée en ces jours d'automne. Ombres de roches roses, végétaux, grottes cachant des nains ou châteaux perçant dans la brume sont témoins du temps et des forces qui les traversent. À sa manière, la photographe tente d'en saisir tout le mystère.



In autumn 2021, during her residency in Mulhouse, Sundgau and the Southern Vosges, Amandine Freyd, guided by books and stories she had heard, took off in search of the energy vortexes of these places. Buried in the depths of the woods, at the edges of fields, rivers or lakes or perched on peaks, these sites have long through the millennia been used for their regenerative purpose and unique vibrations. They are connections to another world, opening up impalpable realities. Through her use of direct printing – cyanotype or lumen – Amandine Freyd recreates the sun's force upon matter revealing some of the magic of these autumn days. Shadows of pink rocks and vegetation, caves hiding dwarfs and castles appearing through the mist are time's witness to the forces passing through them. In her own way, the photographer tries to gather all the mystery.

Née en 1985 à Montélimar, Amandine Freyd est une photographe qui regarde la matière sensible à l'état brut, jouant avec et contre les appareils. Convaincue que l'apparition de l'image dépasse la simple pratique d'un médium, elle mêle techniques conventionnelles et alternatives, par contact, sans appareillage, la matière et la chimie réagissant directement avec l'énergie solaire. L'artiste est collectionneuse et s'intéresse aux gestes et aux phénomènes culturels captés par les albums de famille, tout comme à l'iconographie des livres scientifiques.

Né en 1981, Pierre Soignon est un regardeur assidu, curieux des territoires qu'il traverse, actif dans le Rhin supérieur et la Bourgogne Franche-Comté. En tant que responsable des arts visuels au Granit, scène nationale de 2015 à 2021, il a monté 26 projets d'expositions avec entre autres Guillaume Barborini, Pauline Curnier Jardin, Kapwani Kiwanga, Marc Antoine Mathieu, Rainer Oldendorf, Pusha Petrov, Sahra Ritter ou Fabien Zocco. Il est actuellement en charge du projet du Castel Coucou à Forbach.