Bernard Plossu, Route vers Tombstone Arizona, 1980

Face au vent du monde
Là où les routes s'arrêtent

Bernard Plossu



Berges de la Thur, Thann, Espace public, commissaire Anne Immelé
Médiathèque de Thann, commissaire Nicolas Bézard



Sur les berges de la Thur, l'exposition Face au vent du monde propose une traversée subjective de l'oeuvre immense de Bernard Plossu à partir d'une sélection de photographies réalisées dans des déserts et lors de randonnées en haute montagne. L'approche photographique de Plossu a été marquée par ses années au Nouveau Mexique (1977-1985) et sa découverte de paysages qu'il avait auparavant connu au travers des westerns de son enfance. Expérience physique et métaphysique, le désert américain est avant tout une rencontre avec l'immensité et l'immémorial, le milieu rocheux permettant de nous relier au monde sidéral. Espace de silence et de méditation, le désert est aussi, en Afrique, un lieu de rencontre avec les Touaregs, nomades Peuls et Bororos qui se déplacent avec leurs troupeaux. La marche est une pratique concomitante de la photographie. Pour Bernard Plossu, « Encore plus que le cerveau ou l'oeil, c'est le corps qui fait la photo en marchant. Même dans le calme du désert, d'une pierre à l'autre comme dans une morène en haute montagne. » 

A la médiathèque sont exposées des photographies issues du livre Le jardin de poussière. Paru en 1989, ce livre, devenu mythique, est le fruit de longues marches dans le désert de l'Ouest des États-Unis. À l'écart de la civilisation moderne, mais au plus près des esprits Apaches qui hantent ces étendues de sécheresse, Plossu s'est confronté au silence et à l'infini du paysage, au mystère du visible. Il en a rapporté des images qui, par leur extrême sobriété formelle et le choix assumé du petit format, contredisent l'idée de spectaculaire, et révèlent au contraire un lien intime, subtil, avec ces lieux empreints de cosmicité et de mythes. « Il faut toujours aller là où les routes s'arrêtent sur les cartes, là où il n'y a plus rien », aime à rappeler Bernard Plossu, livrant par ces mots une clé essentielle de son rapport au monde.

Né en 1945 au Vietnam, Bernard Plossu réalise ses premières photos à 13 ans, lors d'un voyage au Sahara avec son père. En 1965, il part au Mexique où il photographie ses amis beatniks avec lesquels il expérimente l'errance et la liberté. Il voyage chez les Indiens mayas, en Californie, en Égypte, en Inde, au Niger. En 1977, Bernard Plossu s'installe au Nouveau Mexique. Il y perfectionne un style visuel direct caractérisé par une absence totale d'effet. Dans les années 80, Il revient vivre en Europe et continue de marcher notamment en Espagne, en France, en Turquie ou sur les petites îles italiennes. Ses images sensuelles et silencieuses évoquent la douceur des corps, de la matière, du mouvement. Il est l'auteur de très nombreux ouvrages ayant fait date, tels que Le Voyage mexicain, The African Desert, Au Nord, Avant l'âge de raison ou L'heure immobile.


The exhibition Face au vent du monde proposes a personal journey through the vast body of Bernard Plossu's work through a selection of photographs from his treks through the deserts and high mountains. Plossu's time in New Mexico (1977-1985) influenced his photographic approach, as did the landscapes he discovered there, previously known to him from the Westerns of his childhood. The American desert is a physical and metaphysical experience. Above all, it is an encounter with the immense and the immemorial; its rocky terrains allowing connection with the sidereal world. In Africa, this expanse of silence and meditation is also a space of encounter with Tuaregs, Fulani and Bororo nomads traveling with their herds. Walking is a practice concomitant with photography. For Bernard Plossu, “More than the brain or the eye, it is the body taking pictures while walking. Even in the calm of the desert, from one stone to another, like a moraine in the high mountains.”

The exhibition Là où les routes s'arrêtent is presenting pictures from his 1989 cult publication Le jardin de poussière, fruit of long journeys through the Western desert of the United States. In haunting expanses of dry earth, cut off from modern civilization and immersed in the spirit of the Apache, Plossu confronted silence, infinity and the mysteries of the visible. The sober and small-scale photographs which emerged from this journey clash with notions of the spectacular and capture instead an intimate and subtle connection with the cosmic and mythic nature of the place. Bernard Plossu likes to remind us that “one must always go to uncharted territory, where maps are left unmarked.” These words mirror his relationship with the world.

Born in 1945 in Vietnam, Bernard Plossu took his first photographs at the age of 13, during a trip to the Sahara with his father. In 1965, he left for Mexico where he photographed his beatnik friends with whom he experimented with wandering and freedom. He travels to the Mayan Indians, California, Egypt, India and Niger. In 1977, Bernard Plossu moved to New Mexico. There he perfected a direct visual style characterized by a total absence of effect. In the 1980s, he returned to Europe and continued to travel, notably in Spain, France, Turkey and the small Italian islands. His sensual and silent images evoke the softness of bodies, matter and movement. He is the author of many landmark works, such as Le Voyage mexicain, The African Desert, Au Nord, Avant l'âge de raison and L'heure immobile.